Rainer Maria Rilke
Posted: April 23rd, 2005 | Author: dmireault | Filed under: personal, travel | Tags: français, personal, travel |Il est une heure du matin, heure de Montreal. J’aperçois à travers mon hublot, au pied de l’horizon, un ciel orangé qui se fond graduellement au ciel bleu. J’atterrirai à Londres dans une heure trente, là où mon périple de 78 jours débutera. Il y a déja deux jours, lors de la célébration de mon départ, mon ami Marc m’a offert quelques livres en cadeaux. J’étais très touché par le geste, même si mon faible intérêt pour la littérature ne me permettait pas d’apprécier les livres en tant que tel. Je suis présentement rendu à la page 37 du premier livre (Lettre à un jeune poète), un recueil de lettres écrites à Franz Kappus de la part du poète Allemand Rainer Maria Rilke. Avant de commencer la lecture de ce livre je croyais que Rainer Maria était un groupe de musique “emo” sur l’étiquette de disque “Polyvinyl”. Ceci témoigne de mon manque flagrant de culture littéraire. À la première page du livre Marc m’a écrit ce qui suit:
J’ai moi même lu ce livre lors de mon grand voyage autour du monde. Je l’ai ensuite offert à des proches qui partaient pour aller voir au bout d’eux même. Ce livre referme les clés de notre monde intérieur. Je te souhaite un bon voyage Dan autant à l’extérieur qu’à l’intérieur de toi.
Amitiés Robidou
À peine un cinquième du livre de lu et j’ai déja l’impression de débuter mon autre voyage, celui vers l’intérieur. Même si mon orthographe laisse à désirer et que mon vocabulaire est restreint, je m’efforcerai d’écrire tout au long de mon voyage extérieur.










Je suis content pour te toi, de savoir que tu découvre la littérature. Personnellement j’ai jamais non-plus été un grand liseur (oui oui, ça se dit!), mais ces dernières années, à force de travailler devant un écran à longueur de journée, j’ai redécouvert la lecture et je l’apprécie énormément.Ça a l’avantage d’être un des rares médiums qui peut être consommé partout, en tout temps, sans besoin d’un support externe (comme la musique ou le cinéma…), t’as juste besoin d’un peu de lumière et de savoir lire!
Bon, je ne lis pas que de la grande littérature, mais pareil, j’ai lu quelques trucs intéressants et je suis bien content de savoir que je pourrai peut-être un jour te les prêter et éventuellement en discuter avec toi.
Comme tu dois le savoir mon Dan, je ne suis pas un très grand fan de la littérature moi non plus… Sûrement un gros défault!Je trouve cool ton ami Marc de t’avoir donné des livres… Je crois que ton voyage va se faire surtout sur ton intérieur, tu vas découvrir,ressentir,t’épanouir sur des choses formidable…lache pas mon Dan j’aime que tu écrive régulèrement pour que nous aussi ont voyage dans notre tête. Tu me fais du bien, j’aime te lire…
Continu ton chemin…
Ton cousin Phil!!xxxx
Salut Dan! Ne pas connaître la littérature n’est pas un crime, et si çca peut te rassurer, plus tu lis, plus tu t’aperçois que tu connais rien. Rainer Maria Rilke a découvert, comme la majorité des poètes, et si bien mis en mot, la nécessité de sonder nos plus grands fantasmes, nos plus grandes peurs, nos plus banals réflexes, pour essayer de donner un sens à notre vie. Voyager seul, c’est d’abord voyager vers soi-même, explorer ses limites, se mettre face à ses propres angoisses, apprendre à mesurer sa propre ignorance. Te voilà devant toi, devant le très vertigineux destin de ta vie à venir, de ce que tu voudras en faire, de cette direction qu’il te faut trouver à tâtons, en te demandant d’abord ce que tu ne veux pas. J’ai appris à procéder de cette manière dans ma propre existence. Comme il est si difficile de savoir ce qu’on veut ou qu’en réalité on veuille tellement de choses, il m’apparaît plus simple de commencer par ce qu’on ne veut pas. Dans tes réflexions et tes désirs, reviennent toujours certaines constances: créer, dénoncer les injustices, te questionner sur ce qui t’entoure… C’est cette dernière constance qui te fait différent de la majorité, ne l’oublie jamais. Et jecrois que c’est l’essentiel du message de Rilke. Il nous dit: “ne vous demandez pas si vous voulez devenir un artiste, ce n’est pas la bonne voie. La bonne voie, c’est d’abord de se poser des questions. Et comment fait-on pour répondre aux questions qu’on se pose? Et bien on émet des hypothèses et on tente de les confirmer ou de les infirmer. Le but n’étant jamais de trouver une réponse définitive, mais de satisfaire à un questionnement à un moment précis de notre existence. Il est vrai que les arts correspondent généralement à ce cheminement de question-réponse, du moins, toute démarche artistique valable à mes yeux, doit inclure une forme de questionnement. Je n’ai jamais cru ceux, artistes ou autres, qui ne font les choses que par pur instinct. Je n’y crois pas. Cela nous confine à faire du sur place. Je ne dis pas qu’il ne faille pas suivre ses instincts, bien au contraire. Mais je pense que de ne pas appuyer ses gestes et ses réflexions sur une démarche quelconque ne mène nulle part. On doit nécessairement se donner des points de comparaison avec soi-même pour savoir vers où on se dirige et surtout, pour juger si parvient à arriver à l’endroit qu’on cherche à atteindre. Bien philosophique tout ça, je sais, mais tu es dans ce genre de “mood” et tu es disponble à recevoir ce genre de réflexions. Avec Rilke, tu apprendras à checher l’essentiel. Avec Carver, tu toucheras l’essentiel. Dans la grande simplicité de ses petites nouvelles, Carver a su déhabiller l’âme humaine dans ce qu’elle a de plus inquiétant, de plus fragile, et aussi, peut-être, de plus sage. Je sais Dan ce que tu caches comme talent brut, comme désir de créer, comme générosité artistique… Je sais que tu as ce qu’il faut pour faire, parce que tout est là, faire. Il faut simplement faire les choses. Pour moi, tu le sais, le talent ne repose que sur c,est simple état de fait: faire. Regarde bien ce qui rallie tous les grands maîtres dans tous les domaines, ils ont tous fait. Et avant d’avoir fait la première fois, bien il n’avait pas fait. Puis la deuxième fois, ils ont faitmieux en se rappelant la première et ainsi de suite. Faire sans refaire exactement la même chose, volà toute la simplicité de la démarche artistique et aussi, toute la complexité du sens à donner à une vie. Un bien beau programme pour un colosse de ton genre. J’ai bien hâte de faire à tes côtés, mon Dan, oui, j’ai bien hâte…
Amitiés,
Robidou